En Allemagne, frites et currywurst victimes du règlement européen sur les gaz fluorés

Les voyageurs allemands des trains longue distance ne peuvent plus commander l’accompagnement emblématique de ce plat traditionnel à base de saucisse.

La currywurst, faite de sauce et de saucisse, l’un des plats les plus populaires servis dans les wagons-restaurants de la Deutsche Bahn avec environ 600 000 portions vendues chaque année, ne sera désormais plus servie avec des frites.

Ce mois de juin 2026, les classiques bâtonnets de pommes de terre ont été définitivement retirés de la carte des bordbistros, ces espaces de restauration présents à bord des trains de la compagnie ferroviaire nationale allemande.

En remplacement, des wedges — des quartiers de pommes de terre — ont été introduits, proposés à 5,90 euros, accompagnés au choix de ketchup, de mayonnaise ou de sauce à l’ail. Pour de nombreux habitués du rail allemand, cette évolution a été accueillie avec déception.

L’association currywurst-frites-mayonnaise constituait en effet un véritable marqueur du voyage en ICE, presque élevé au rang de symbole national. Elle a même été célébrée dans des musées (comme le Deutsches Currywurst Museum à Berlin, fermé en 2018), ainsi que dans la musique et la littérature.

Un règlement européen en cause

À l’origine de ce changement figure l’EU-F-Gase-Verordnung, le règlement européen encadrant les gaz fluorés, qui prévoit une réduction progressive de certains hydrofluorocarbures (HFC) utilisés comme fluides réfrigérants.

Entrée en vigueur en mars 2024, cette réglementation vise à éliminer progressivement les hydrocarbures partiellement fluorés d’ici 2050 au sein de l’Union européenne. Depuis le début de l’année 2026, ces composés ne peuvent plus être intégrés dans de nouveaux équipements frigorifiques, tandis que les installations existantes ne peuvent être rechargées qu’avec des substances recyclées.

Ces gaz ne concernent pas les aliments eux-mêmes, mais les anciens systèmes de congélation — notamment les congélateurs des wagons-restaurants — qui permettaient jusqu’ici de conserver les produits surgelés.

La Bahn privilégie la simplicité à la modernisation

Face à cette contrainte technique, la Deutsche Bahn a opté pour une solution pragmatique. Après avoir étudié plusieurs scénarios, l’entreprise a renoncé à moderniser des installations jugées coûteuses et complexes, préférant les remplacer progressivement par des équipements de réfrigération classiques d’ici fin 2026.

« La suppression de la surgélation vise à rendre la restauration à bord plus fiable et moins complexe« , a expliqué un porte-parole de la compagnie, cité par la presse allemande. Cette décision ne se limite pas aux frites. Après l’été, les glaces disparaîtront également de la carte, au grand regret des voyageurs.

Les glaçons pourraient aussi être concernés dans les prochains mois. Certains produits, comme les roulés à la cannelle, resteront toutefois proposés. Paradoxalement, la Bahn affirme que les wedges introduits en remplacement se vendraient « près de deux fois mieux » que les anciennes frites.

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