Une unité pilote de bioréacteurs a été installée dans une exploitation laitière du Sud-Hollandais, en lien avec le projet RespectFarms. De quoi montrer que la viande cultivée peut venir compléter l’activité d’un agriculteur, plutôt que de s’y substituer.
À l’heure où les appels à réduire l’empreinte carbone de l’alimentation se multiplient, une initiative inédite a vu le jour le mois dernier aux Pays-Bas : l’inauguration de la toute première ferme au monde dédiée à la production de « viande cultivée ».
Le concept porté par RespectFarms rompt avec le modèle dominant de l’industrie, largement structuré par des start-ups américaines misant sur des installations industrielles de grande capacité afin de réduire les coûts.
Ira van Eelen, dont le père Willem van Eelen est considéré comme un pionnier de la recherche sur la viande cultivée dès les années 1980, défend au contraire, lors de son passage dans le podcast Future of Foods Interviews, l’intégration de bioréacteurs directement au sein des exploitations agricoles existantes.
Selon elle, s’appuyer sur les chaînes de production alimentaire déjà en place constituerait le moyen le plus rapide d’obtenir un impact tangible, alors que le secteur agroalimentaire reste la plus vaste industrie au monde.
Les agriculteurs, une main-d’œuvre jugée adaptée aux bioréacteurs
Elle souligne également le rôle que les Pays-Bas pourraient jouer dans la diffusion de ce savoir-faire agro-technologique vers d’autres régions, notamment des pays du Sud disposant de ressources solaires capables d’alimenter ce type d’infrastructures.
Sur le plan opérationnel, l’unité installée chez la famille van Leeuwen ne se substitue pas à l’activité laitière existante, mais vient la compléter, au sein d’une exploitation où coexistent déjà production fromagère et accueil événementiel.
Les expérimentations menées sur le site de Schipluiden s’appuieront sur des bioréacteurs d’une capacité comprise entre 20 et 200 litres, avec pour objectif d’évaluer leur fonctionnement à l’échelle d’une ferme, les coûts associés ainsi que les volumes produits.
D’après Ira van Eelen, l’objectif des quatre à cinq prochaines années est de valider un dispositif suffisamment simple pour qu’un agriculteur puisse, à terme, l’exploiter de manière autonome et en tirer un modèle économique viable.
Un soutien politique assumé à l’innovation agricole
Elle précise que la présence continue des agriculteurs sur leurs exploitations, contrairement au travail en équipes des usines, se prête particulièrement bien à la supervision de cultures cellulaires actives en continu pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
Pour Aad Straathof, délégué provincial à l’agriculture et à la pêche, cité par le site d’information NL Times, le projet illustre l’intérêt d’une coopération renforcée entre les acteurs du secteur. Il appelle à multiplier les initiatives associant agriculture et innovation technologique.
Meindert Stolk, délégué provincial à l’économie et à l’innovation, inscrit pour sa part cette démarche dans la tradition néerlandaise d’innovation agricole, estimant que les avancées émergent lorsque entrepreneurs, scientifiques et pouvoirs publics conjuguent leurs efforts autour de nouvelles idées.
