La promesse d’une énergie solaire quasi continue, ainsi que celle d’un refroidissement naturel offert par le vide spatial, renforce l’idée d’installer en orbite ces infrastructures numériques devenues indispensables à l’intelligence artificielle.
Et si l’avenir des data centers ne se jouait plus sur Terre ? Face à la gourmandise énergétique de l’intelligence artificielle générative et à sa dépendance à des infrastructures de calcul toujours plus lourdes, l’hypothèse de délocaliser une partie des centres de données hors de l’atmosphère terrestre est de plus en plus envisagée.
L’idée n’est pas nouvelle chez les grands noms de la tech. Dès 2024, Jeff Bezos décrivait l’espace comme une extension naturelle des infrastructures industrielles, évoquant la possibilité d’installer, à terme, des centres de données en orbite géostationnaire, alimentés par l’énergie solaire.
Elle s’appuie désormais sur des projets industriels bien réels. Google travaille ainsi sur le projet Sun Catcher, qui vise à déployer une constellation de satellites équipés de puissants processeurs, reliés entre eux par des liaisons optiques à très haut débit.
L’objectif est notamment d’entraîner des modèles d’IA directement en orbite basse, avec un premier vol envisagé autour de 2027 et plusieurs brevets déjà déposés.
Une énergie abondante
La société Starcloud développe des modules de calcul compacts, refroidis par le vide spatial et alimentés grâce à des miroirs solaires. Lonestar Data Holdings est allée encore plus loin en envoyant, en mars 2025, un mini data center de la taille d’un livre jusqu’à la surface lunaire.
Ce prototype, baptisé Freedom, y aurait mené de premiers essais de stockage et d’entraînement de données hors de la Terre. De son côté, l’industriel européen Thales Alenia Space a conduit, avec l’Agence spatiale européenne, une étude de faisabilité sur le sujet en juin 2024.
Le Boston Consulting Group (BCG) indique d’ailleurs dans un récent livre blanc que les centres de données spatiaux, ou SBDC (Space-Based Data Centres), pourraient représenter jusqu’à 15% du marché mondial des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle d’ici 2040.
L’argument central de ces promoteurs repose d’abord sur la disponibilité quasi continue de l’énergie, principale ressource des centres de données. En orbite basse, le soleil brillerait environ 99% du temps, sans alternance jour-nuit ni aléas météorologiques, offrant une énergie captée jusqu’à six fois plus intense qu’au sol.
Des contraintes bien réelles
Un atout de poids, quand on sait qu’un modèle de grande taille comme GPT-4 consommerait, lors de son entraînement initial, l’équivalent de la consommation quotidienne de 120 000 foyers européens.
Le second avantage mis en avant tient au refroidissement. Sur Terre, cette opération mobilise d’importantes quantités d’eau et représenterait jusqu’à 40% des coûts de fonctionnement d’un data center, alors que dans l’espace, la chaleur pourrait être évacuée par simple rayonnement infrarouge, sans eau ni climatisation. Un procédé passif susceptible de diviser par deux les dépenses d’infrastructure.
Un enjeu d’autant plus pressant que les data centers absorberaient déjà 2% de l’électricité mondiale, un chiffre appelé à progresser. Mais l’enthousiasme technologique ne doit pas occulter les zones d’ombre. Depuis les débuts de la conquête spatiale à la fin des années 1950, l’orbite terrestre s’est considérablement encombrée, comme le montrent les relevés de l’organisation américaine LeoLabs, cités par France 24.
Le rapport du BCG soulève, pour sa part, la question des débris spatiaux, avec un taux d’échec estimé à 30% par déploiement de constellation. Le plus grand défi reste, selon lui, la maintenance en orbite. Les GPU doivent être remplacés tous les cinq ans, ce qui pourrait représenter jusqu’à 55% des dépenses d’un SBDC, contre environ 22% pour les coûts de lancement.
