En Inde, une grande bataille pour l’étiquetage alimentaire

Le lobby industriel tente de faire capoter l’initiative gouvernementale visant à rendre plus transparents les ingrédients contenus dans certains produits de multinationales étrangères. Les défenseurs de la santé publique ne comptent toutefois pas se laisser faire.

Imaginez que vous preniez une boisson fraîche dans le rayon d’un supermarché. Vous retournez la bouteille. Une longue liste d’ingrédients apparaît : petits caractères, sucre, calories, additifs. Peut-être les lisez-vous, peut-être pas.

Imaginez maintenant que, sur le devant de cette même bouteille, figure un avertissement grand et simple : « Teneur élevée en sucre ». L’achèteriez-vous toujours ? C’est la question centrale d’un bras de fer en cours sur l’étiquetage alimentaire en Inde.

Alors que la Food Safety and Standards Authority of India (FSSAI), l’autorité centrale de régulation alimentaire, s’emploie depuis plusieurs années à promouvoir sur les emballages une meilleure visibilité des ingrédients réputés dangereux pour la santé en cas de consommation excessive, des acteurs de l’industrie agroalimentaire ont récemment réussi à faire échouer cette initiative.

Le régulateur a ainsi indiqué, début août, son intention d’abandonner le projet, jugeant « difficile » d’aligner les emballages indiens sur les normes internationales. Il a également fait valoir que la cuisine indienne, aux saveurs plus intenses, nécessitait une approche différente.

Un écho à la position de l’industrie agroalimentaire

Cette décision fait écho à la position de l’industrie agroalimentaire, qui milite contre les étiquettes d’avertissement. Le système soutenu par la FSSAI consiste à apposer, sur le devant des emballages, des symboles clairs et facilement identifiables, de type « feu rouge » ou octogones noirs, notamment sur les produits riches en sucre, en graisses et en sel.

Pour les entreprises fabriquant les produits ciblés, parmi lesquelles les américaines Coca-Cola et PepsiCo, il s’agirait d’une mesure contreproductive. Mili Bhattacharya, responsable de Coca-Cola Inde, a ainsi affirmé, selon Reuters, lors d’une réunion tenue le 19 mars dernier — à la suite de laquelle la FSSAI a fait volte-face — que l’initiative était « très simpliste ».

D’après elle, un consommateur déjà peu informé des ingrédients présents dans les produits qu’il consomme n’aurait pas les connaissances nécessaires pour appréhender « un symbole ou une icône sur l’étiquette ». Les entreprises ont plutôt proposé de mettre davantage l’accent sur des éléments tels que le contrôle des portions.

Un traitement différencié selon les pays

Une question, et pas des moindres, se pose alors : si les avertissements sont prétendument inutiles ou inefficaces, pourquoi ces mêmes groupes alimentaires utilisent-ils des étiquetages plus clairs dans d’autres pays ?

L’enjeu est d’autant plus considérable que près de 80% des produits alimentaires et boissons emballés en Inde pourraient être classés comme riches en graisses, en sucre et en sel, selon des estimations du secteur relayées par Reuters.

À titre d’exemple, une bouteille de Fanta commercialisée au Royaume-Uni contient 63 calories. La même boisson vendue en Inde contient trois fois plus de sucre. Elle renferme également un colorant artificiel qui n’est pas utilisé dans la version britannique.

Les variantes indiennes de Maggi — commercialisées par Nestlé — utilisent de l’huile de palme, tandis que plusieurs versions britanniques recourent à l’huile de tournesol. Alors que les acteurs de la santé publique ruent dans les brancards face au revirement de la FSSAI, tous les regards se tournent vers la Cour suprême, appelée une nouvelle fois à se prononcer.

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