Le jeûne tue-t-il vraiment le cancer ?

Comme une antienne, l’idée que le jeûne aurait le pouvoir de soigner certaines maladies graves, notamment le cancer, revient régulièrement dans le débat public. Mais qu’en dit réellement la science ?

« C’est hyper important de dire ça aux gens. Après le troisième jour, le corps passe en autophagie, ça veut dire qu’il va manger et détruire toutes les cellules qui ne sont pas bonnes, les cellules cancéreuses« .

Invitée le 20 février dernier à débattre du régime alimentaire dans l’émission Tout beau, tout n9uf animée par Cyril Hanouna sur W9, l’ancienne Miss France Delphine Wespiser a multiplié les éloges sur les prétendus effets bénéfiques du jeûne, « le vrai », sur la santé, allant jusqu’à lui attribuer des vertus thérapeutiques.

« Plus longtemps tu restes sans manger, plus longtemps ça nettoie et ça peut enlever des maladies. Et dans certains pays, quand les gens ont vraiment des maladies très lourdes, on les fait jeûner des semaines et des semaines », affirme-t-elle sous le regard approbateur du plateau.

Ce que dit la science sur le jeûne 

Wespiser n’est pas la seule à prôner les effets curatifs du jeûne. Sur TikTok et d’autres réseaux sociaux, des dizaines de vidéos défendent l’idée qu’il pourrait détruire les cellules cancéreuses ou encore réduire de 95% le risque de cancer grâce à un jeûne hydrique de sept jours par an.

Pour comprendre la base de ces affirmations, il faut revenir à la biologie des cellules cancéreuses. Selon les chercheurs du Cedars-Sinai Medical Center, la différence essentielle entre une cellule cancéreuse et une cellule saine réside dans leur mode de production d’énergie.

Les premières consomment beaucoup plus de glucose que les secondes, un phénomène connu sous le nom d’« effet Warburg ». En théorie, quand l’apport en glucose diminue sur une période prolongée, les cellules normales s’adaptent en puisant leur énergie dans d’autres sources, notamment les graisses.

Les cellules tumorales, elles, seraient incapables de cette adaptation métabolique et se trouveraient privées de carburant, conduisant à leur dégénérescence. Une étude publiée par la National Library of Medicine suggère d’ailleurs que le jeûne intermittent pourrait, dans certaines conditions, influencer l’activité de ces cellules.

Des bénéfices limités et des risques bien réels

Toutefois, les chercheurs se montrent prudents : ces résultats demeurent préliminaires et nécessitent encore de nombreuses validations avant toute application clinique.

« Le jeûne, la restriction calorique, ou autres modifications diététiques à visée métabolique pourraient avoir un intérêt, mais pour l’instant on n’a pas les éléments suffisants pour savoir dans quels cas et selon quels protocoles ils pourraient être utilisés avec efficacité et sécurité« , souligne Dr Ivan Pourmir, oncologue, cité par doctissimo.

Son homologue, Dr Deeka Misra, du réseau de santé Novant Health rappelle que le jeûne ne constitue en aucun cas un traitement universel contre le cancer. Elle précise que cette pratique est difficile à maintenir dans la durée et qu’elle peut se révéler dangereuse pour certains patients.

C’est notamment le cas des personnes sous chimiothérapie, déjà fortement affaiblies par leur traitement. L’hypoglycémie, la tension artérielle instable ou encore la fatigue chronique figurent parmi les complications possibles, susceptibles d’aggraver leur état.

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