Au centre de la contamination des laits pour bébés qui ébranle actuellement la France et plusieurs pays européens se trouve l’acide arachidonique, un composant importé de Chine et fourni à de grandes enseignes du secteur agroalimentaire. Mais que savons-nous réellement à son sujet ?
Nestlé, Danone, Babybio… Depuis mi-décembre, plusieurs grandes marques de laits pour nourrissons ont été contraintes de procéder à des rappels de produits en raison d’une contamination par une toxine bactérienne.
Produite par certaines souches de Bacillus cereus dites « émétiques », cette toxine, particulièrement résistante à la chaleur (comme lors du réchauffage ou de la préparation du biberon à 70 °C), à l’acidité et à la congélation, peut provoquer de graves intoxications alimentaires, notamment chez les nouveau-nés.
À ce jour, au moins deux décès de nourrissons sont suspectés en France dans le cadre de ce scandale sanitaire qui touche une soixantaine de pays. En cause : un ingrédient technique peu connu du grand public, l’acide arachidonique.
Comme l’explique Le Monde, cet acide gras oméga-6 naturellement présent dans le lait maternel, interagit avec des oméga-3 comme le DHA, afin de favoriser le développement cérébral et visuel des nourrissons.
Un acide gras stratégique au banc des accusés
Les chercheuses de l’Inrae Frédérique Pédrono, Sergine Even et Amélie Deglaire rappellent au quotidien français, que les bébés exclusivement allaités reçoivent en moyenne 170 milligrammes d’acide arachidonique et 110 milligrammes de DHA par jour au cours des six premiers mois.
Le défi pour les fabricants, ajoute Le Monde, est de reproduire cette composition dans les préparations infantiles à base de lait de vache. Problème, les huiles végétales utilisées ne contiennent pas naturellement cet acide gras.
Il doit donc être ajouté artificiellement à partir de sources microbiennes, ce qui rend le processus industriel plus complexe. Les chercheuses précisent d’ailleurs que les procédés de production « ne sont pas exempts de contraintes, notamment en matière de sécurité microbiologique ».
Une chaîne mondialisée sous pression
L’acide arachidonique fait par ailleurs partie, à l’instar des novel foods – ces ingrédients introduits sur le marché européen après 1997 et soumis à une réglementation stricte –, d’un nombre limité de substances dont la fabrication n’est autorisée que dans quelques usines agréées.
En l’occurrence, tous les pistes mènent vers Cabio Biotech, société chinoise basée à Wuhan. « Il le vend à tout le monde« , explique Ingrid Kragl, fondatrice de l’ONG Foodwatch, interrogée par France TV. Cette centralisation de la production crée une vulnérabilité systémique : lorsqu’une contamination survient chez ce fournisseur unique, elle se propage mécaniquement à l’ensemble des marques clientes.
L’organisation, qui dénonce une rétention d’information dans le cadre de ce scandale, annonce le dépôt imminent d’une plainte pénale contre X. « Nous avons énormément de preuves, d’infractions et d’éléments recueillis lors de notre enquête européenne entamée il y a deux mois », précise Kragl.
