Le Royaume-Uni interdit l’ébouillantage des homards vivants

Les restaurateurs comme les particuliers devront, d’ici 2030, recourir à des procédés d’abattage plus respectueux des animaux, sous peine de sanctions. Cette disposition s’inscrit dans le cadre d’un programme national visant à renforcer la protection du bien-être animal.

Des homards et des crabes plongés vivants dans l’eau bouillante. Cette scène, encore fréquente dans les cuisines des restaurants et établissements spécialisés en fruits de mer, pourrait bientôt disparaître au Royaume-Uni.

C’est du moins la volonté du gouvernement travailliste au pouvoir. Dans une feuille de route publiée le 22 décembre 2025 et intitulée Animal Welfare Strategy for England (« Stratégie pour le bien-être animal en Angleterre »), le ministère de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales s’élève contre cette pratique jugée cruelle.

Le dispositif prévoit une interdiction complète d’ici 2030. Le Royaume-Uni rejoindrait ainsi un cercle restreint de pays — comme la Suisse, la Norvège et la Nouvelle-Zélande — ayant déjà adopté des mesures similaires, reconnaissant la souffrance provoquée par ce mode d’abattage.

Le texte introduit également un ensemble étendu de protections couvrant les animaux domestiques, d’élevage et la faune sauvage. Parmi les initiatives envisagées figurent l’interdiction de la chasse à courre et un renforcement notable des règles contre les pratiques d’élevage abusives.

Une mesure dans la continuité d’une loi existante

L’interdiction de l’ébouillantage des crustacés s’inscrit dans la continuité de l’Animal Welfare Sentience Act, une loi adoptée en 2022 sous le précédent gouvernement conservateur.

Ce texte fondateur reconnaissait officiellement que les crabes, homards, écrevisses et poulpes sont des êtres sensibles, capables d’éprouver de la douleur, de la peur, de la détresse, mais aussi des émotions positives telles que la joie ou l’excitation.

Des études menées notamment par la London School of Economics (LSE) ont démontré que ces animaux possèdent un système nerveux suffisamment développé pour ressentir ces différentes sensations.

« Lorsqu’on plonge des animaux conscients dans de l’eau bouillante, ils subissent plusieurs minutes de souffrance intense. C’est une torture totalement évitable », dénonce Ben Sturgeon, vétérinaire et directeur général de l’association Crustacean Compassion, cité par Le Monde.

Une décision qui divise les cuisines

Pour Olivier Le Bot, professeur de droit public et spécialiste du droit animal, interrogé par le quotidien français, cette évolution découle logiquement de la reconnaissance officielle de la “sentience” des crustacés.

Selon lui, dès lors que la sensibilité à la douleur est scientifiquement établie, ces animaux doivent bénéficier d’un cadre de protection, indépendamment de leur valeur économique ou du lien affectif que les humains entretiennent avec eux.

Parmi les méthodes d’abattage alternatives préconisées figurent l’étourdissement électrique (appareils de type CrustaStun), le refroidissement prolongé dans de la glace saumurée pour provoquer une anesthésie, ou encore la destruction rapide du système nerveux central par incision.

Ces techniques divisent cependant le secteur de la restauration, bien qu’environ 65% des Britanniques se déclarent opposés à l’ébouillantage vivant, selon un sondage YouGov.

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