Ce plat, principalement composé de riz blanc et de bœuf haché, a envahi les réseaux sociaux, surtout aux États-Unis, où il est souvent associé à la musculature. Les experts en nutrition s’inquiètent cependant d’une approche trop réductrice et dangereusement genrée de l’alimentation.
Il s’agit d’un simple un bol de riz blanc mélangé à de la viande de bœuf hachée. Pourtant, le « boy kibble » — littéralement « croquettes pour garçons », en référence à la nourriture industrielle pour animaux domestiques — est devenu en quelques semaines l’un des sujets les plus discutés sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok et dans les communautés masculines de fitness.
Pour ses adeptes, le concept coche toutes les cases : une portion de glucides, une dose de protéines, et parfois quelques légumes. Pas de recette complexe, pas d’interminable préparation, ni de dépenses excessives, malgré la flambée récente du prix du bœuf aux États-Unis.
Cerise sur le gâteau : chaque bol permettrait d’atteindre les quotas de protéines journaliers, estimés entre 20 et 40 g. Le phénomène séduit surtout les jeunes hommes de la génération Z, férus de musculation, surnommés « gym bros » dans la culture web anglophone.
Une tendance récente aux racines anciennes
« C’est en fait la nutrition traditionnelle du bodybuilding, reconditionnée. Les experts recommandent depuis longtemps de consommer des glucides et des protéines après un entraînement. La différence aujourd’hui, c’est le marketing et la simplicité extrême », explique Jim White, diététicien nutritionniste agréé, physiologiste de l’exercice et propriétaire de Jim White Fitness & Nutrition Studio, interrogé par le Guardian.
Emily Contois, professeure associée en études des médias à l’Université de Tulsa et auteure de Diners, Dudes and Diets: How Gender and Power Collide in Food Media and Culture, souligne pour sa part, auprès de CBS News, que ce type de régime était autrefois réservé à des catégories spécifiques d’athlètes ou de culturistes.
Cette recontextualisation dit quelque chose sur la manière dont les jeunes générations s’approprient les codes de la nutrition sportive, en les déconnectant parfois du cadre plus large dans lequel ils ont été élaborés.
Car si la combinaison riz-protéine reste défendable dans le cadre d’un repas de récupération ponctuel, en faire une base quotidienne exclusive soulève d’autres questions.
Les mises en garde des experts
Selon les experts, ce type d’alimentation occulte de nombreux éléments essentiels au bon fonctionnement de l’organisme, tels que les vitamines, minéraux, antioxydants ou fibres. À terme, une alimentation aussi peu diversifiée peut engendrer des carences et réduire la richesse du microbiome intestinal, dont l’importance pour la santé générale fait aujourd’hui consensus dans la communauté scientifique.
« Les autres repas doivent inclure un plus large éventail d’aliments pour couvrir tous les besoins nutritionnels », affirme au Guardian, Scott Keatley, diététicien et fondateur de Keatley Medical Nutrition Therapy.
Au-delà de la question sanitaire, la dimension genrée de la tendance est également pointée du doigt. En effet, le « boy kibble » véhicule l’idée que les hommes jeunes et en bonne santé doivent forcément être grands et musclés. Or, lorsque l’alimentation devient un moyen de se conformer à un modèle corporel étroitement défini, le risque de troubles alimentaires augmente, notamment chez les publics les plus jeunes et vulnérables.
