Les permis destinés aux centres de données à très grande échelle sont désormais suspendus pour un an. Le temps pour les autorités de l’État d’encadrer ces infrastructures de nouvelle génération, propulsées par l’essor de l’intelligence artificielle mais dont la prolifération crée des tensions au sein des communautés locales.
La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a signé ce mardi 14 juillet 2026 un décret exécutif instaurant le premier moratoire d’ampleur étatique aux États-Unis sur les permis environnementaux accordés aux centres de données à très grande échelle, dits « hyperscale », c’est‑à‑dire ceux dépassant 50 mégawatts.
L’objectif est de donner aux autorités le temps de bâtir un cadre réglementaire solide avant de laisser ce secteur poursuivre son expansion rapide. À mesure que l’intelligence artificielle explose, ces gigantesques infrastructures sont devenues indispensables pour le stockage et le traitement des données.
Elles contribuent toutefois à entamer fortement les ressources en eau et en énergie, déjà limitées, des communautés qui les accueillent.
Des infrastructures de plus en plus coûteuses pour les territoires
Selon la sénatrice Kristen Gonzalez, présidente de la commission Internet et Technologie et à l’origine du Responsible Data Center Development Act — texte à l’origine du moratoire, adopté cette année avec un soutien bipartisan — les projets de centres de données actuellement à l’étude dans l’État réclament plus de 9 000 mégawatts, soit environ un tiers de la consommation annuelle totale de New York.
Or, les tarifs résidentiels ont déjà bondi de 44% entre 2020 et 2025, contre 32% au niveau national. L’élue cite l’exemple de la Virginie, où les prix de gros de l’électricité ont grimpé jusqu’à 267% en cinq ans dans les zones proches des data centers, pour illustrer ce qui pourrait attendre New York en l’absence de régulation.
Elle évoque également une étude montrant qu’un seul emploi permanent a été créé pour 54 millions de dollars investis dans ces infrastructures en Virginie sur la même période, un ratio jugé largement disproportionné au regard des bénéfices économiques attendus.
Le décret précise que la levée du moratoire, une fois la politique de financement du réseau électrique définie, n’ouvrira aucune dérogation aux règles locales d’urbanisme. Kathy Hochul, ancienne élue municipale pendant quatorze ans, insiste sur le fait que les centres de données ne pourront s’implanter que dans les collectivités qui les acceptent.
Un cadre pensé pour protéger le réseau et les communautés
Plus un centre sera vaste, plus les retombées attendues pour la communauté d’accueil devront être importantes. Les projets devront intégrer des standards salariaux, des accords avec les syndicats et des priorités d’embauche locale.
Un nouveau « cadre d’investissement communautaire » doit permettre à ces collectivités d’obtenir des compensations substantielles. Cela inclut des routes, de l’alimentation en eau, des écoles, des casernes de pompiers, des centres médicaux ou encore la préservation des terres agricoles, à l’image de ce qui a déjà été observé dans d’autres régions du pays.
Les data centers devront soit produire leur propre électricité, soit s’acquitter d’une prime pour se raccorder au réseau public. Une exigence déjà annoncée par Kathy Hochul lors de son discours sur l’état de l’État en début d’année, dont la mise en œuvre formelle vient d’être enclenchée.
Enfin, la gouverneure a indiqué vouloir mettre fin à l’ensemble des exonérations fiscales dont bénéficient actuellement ces géants du numérique.
